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Ce petit coin du net se nourrit de vos commentaires. Merci de penser à lui et de me laisser une ou plusieurs bafouilles.

10 janv. 2021

Sous ma plume : Nocturne

 La nuit était claire, la lune baignant le sentier forestier de sa lumière éthérée. D'une démarche souple, le loup se faufilait entre les buissons, la truffe au sol, reniflant la piste de sa proie. Soudain, il releva la tête, remua les oreilles, aux aguets. Quelque chose arrivait, perturbant sa chasse. Il s'immobilisa, reniflant l'air autour de lui quand le vent lui apporta des effluves étranges, dérangeantes, porteuses de menace. Sans un bruit, l'animal bifurqua et s'enfonça dans les broussailles et partit se mettre à l'abri.

Quelques minutes plus tard, un étrange couple apparut sur le sentier. Un humain et un nain arrivaient, chacun tenant une monture par la bride, poney hirsute et râblé pour le nain, cheval nerveux et renâclant pour l'humain. Si quelqu'un s'était trouvé là pour les voir passer, il aurait été bien en peine d'en donner ensuite une description. Chacun portait une mante sombre lui arrivant un peu au dessus des chevilles et dotée d'un capuchon profond cachant leurs visages. Les deux semblaient se fondre dans les ombres nocturnes de la forêt. Notre observateur imaginaire aurait plus de facilité à détailler les montures et ce qu'elles portaient. Sur le poney, on pouvait apercevoir, outre une selle et une bride, des fontes rebondies desquelles pointaient le goulot de plusieurs bouteilles. Accrochés à la selle on aurait pu apercevoir un carquois emplis de flèche accompagné d'un arc court à double courbure d'un coté, de l'autre, un impressionnant marteau dont le manche battait doucement le flanc de l'animal. Le cheval de son coté, était de même harnaché pour la monte. Sa croupe portait également des fontes et, en travers, une arbalète était fixée, de telle façon qu'on pouvait facilement s'en saisir. Au pommeau de la selle, on avait accroché un sac légèrement rempli ainsi qu'un fourreau duquel ressortait la garde métallique d'un épais couteau de chasse. 

Sans un bruit, le duo poursuivit sa route, disparaissant progressivement dans la brume qui commençait doucement à se lever alors qu'au loin, le hurlement plaintif d'un loup solitaire retentissait.

2 janv. 2021

Sous ma plume : Pousser Mémé dans les orties


 Le bruit de ses talons claquait contre le sol pavé de pierres. Celleux qui croisaient sa route s'écartaient précipitamment en la voyant arrivée. Ses sourcils froncés, son regard orageux, ses poings crispés, tout en elle hurlait la rage qui l'habitait à ce moment. Elle s'arrêta devant un petit portillon. De la rue, un petit sentier gravillonné traversait un charmant petit jardinet pour mener au porche d'une grande maison à trois étage. La porte et la façade étaient décorées de gravures d'étranges créatures de légendes et de plantes grimpantes dont les vrilles minérales partaient à l'assaut de tout le bâtiment. D'un geste décidé, elle ouvrit le petit portail et s'avança sur le sentier, les graviers crissant à son passage. Fumante de colère, elle poussa brutalement la porte, l'envoyant cogner contre le mur, faisant sursauter les quelques personnes présentes dans le Hall.

-Maî..Maîtresse? Que...
-OU EST KHERDOCK? OU EST MON IMBECILE DE FILS?, coupa-t-elle sans attendre,
-Je.. Dans le salon il me semble. Mais...

Sans écouter le reste de la phrase, elle se dirigea vers le salon. Son fils était bien là, affalé négligemment dans le sofa, un verre à la main, un livre dans l'autre. En approchant, elle constata qu'au lieu d'être un livre d'étude, il s'agissait des récits érotiques de Tibéria Runuf, une écrivaillonne à la petite semaine... Cela n'arrangea pas son humeur. 

-TOI!, tonna-t-elle
-Bonjour Mère, répondit-il nonchalemment en relevant un peu la tête, Qu'ai-je encore fait?
-AURAIS-TU L’OBLIGEANCE DE M'EXPLIQUER CECI?!?, répondit-elle ne lui envoyant un parchemin au visage. Son effet fut quelque peu gâché par le parchemin qui, peu aérodynamique, se contenta de tomber doucement sur le dossier du sofa au lieu de frapper son fils au visage comme elle en avait eu l'intention.
-Je n'ai aucune idée de ce dont... ... Ah... Ca..., dit-il en déchiffrant le parchemin, sourcils froncés.
-Oui... CA!
-Je n'y suis pour rien. Ce n'est vraiment pas ma faute si Balgor a constamment ce genre d'idées.
-Ose me dire que tu ne les lui suggères pas! Ose me dire que CETTE idée en particulier ne vient pas de toi!, rugit-elle en le foudroyant du regard,
-Vraiment Mère, je ne peux pas être tenu pour responsable de ses faits et gestes. J'ai peut être suggéré que l'idée serait EN THEORIE amusante et qu'il faudrait quelqu'un d'un grand courage pour...
-Tu as dit ça et tu prétends que tout ceci n'est en rien de ta faute?!?
-Mère enfin, je n'ai dit cela que pour plaisanter, je n'y peux rien si Balgor m'a pris au sérieux..., soupira-t-il,
-Dites donc jeune homme! Faudrait voir à ne pas pousser Mémé dans les orties là! Tu as un sacré culot!
-Pousser Mémé? Je n'y songerai pas une seule seconde. Je vous suggère cependant de ne pas dire ce genre de chose en présence de Balgor... On ne sait jamais.

Le hurlement de fureur de sa mère fut audible à deux cents mètres à la ronde. 



Thème : "Pousser Mémé dans les orties" sur une idée de @Baboushka

1 janv. 2021

Sous ma plume : Et ainsi cela commence

    Imaginez un chemin. Un petit chemin, poussiéreux. Sur ses bords, deux ornières, laissées là par le passage d'anciens chariots. De part et d'autres, vous voyez de l'herbe, luxuriante, d'un vert éclatant ; on aurait presque l'impression de la voir scintiller sous le soleil de ce mois de mai. De chaque coté, la forêt. D'abord des petits sous-bois, buissonneux, emplis de ronces et de chardons. Puis, un peu plus loin, des arbres, massifs, majestueux, gigantesques. Ils cachent le ciel et ne laissent passer que quelques rais épars de lumières. Leurs branches tordues, certains troncs morts et écroulés, donnent à l'ensemble une impression fantasmagorique.
    Vous marchez sur le sentier, le soleil mord votre visage sans protection. Dans vos chaussures de cuir, vos pieds vous font souffrir. Vous avez oublié depuis combien de temps vous marchez. Vous avez oublié pourquoi vous marchez. Vous avez oubliez comment vous êtes arrivé ici.
    Rien à l'horizon à part ce chemin et la forêt. A votre ceinture, une dague cachée dans son fourreau pend à votre ceinturon. Sous la chaleur, vous avez entrouvert votre chemise. Quand? Vous ne vous en rappelez pas. A votre cou pend une chainette supportant un pendentif à l'effigie du Dieu-Enfant, protecteur des voyageurs, des artistes et des orphelins. Sans pouvoir l'expliquer, vous savez que vous êtes les trois à la fois.
Sans pouvoir l'expliquer, vous connaissez ce dieu. Le coté artiste s'explique facilement, au vu  de la flute de cuivre dont l'étui vous bat la cuisse gauche. Vous vous arrêtez, levant la tête vers ce ciel sans nuage.
    Votre mémoire est vierge, vous ne savez ni votre nom, ni vos origines. Vous êtes seul.e, sur ce petit chemin poussiéreux et autour de vous la forêt frissonne, comme un gigantesque être végétal. Le vent, soudain, se lève, vous pousse, vous invite à pénétrer sous le couvert sombre des arbres. Dans votre tête, il vous semble que résonne un murmure vous encourageant à son tour à quitter le sentier.
    Lentement, vous vous tournez, pour faire face à l'immense masse végétale qui semble vous mettre au défi. Comme dans un rêve, vous faites un pas dans sa direction, puis un autre, et encore un, vous enfonçant entre les troncs moussus tandis que sur vos lèvres, une petite mélodie décousue se forme.
    Et ainsi, cela commence.

22 déc. 2020

Les Enfants Whorgram 13 : Et maintenant?

 Le lendemain matin, Ombeline, Barthélémius et Réginald se retrouvèrent tandis que le reste de la fratrie vaquait à d'autres occupations. Ils commencèrent à discuter tout en avançant dans les couloirs.
-Personnellement, je suis d'avis d'aller remercier Dame Malyani à l'auberge. Et en profiter pour récupérer nos affaires au passage..., commença Ombeline,
-Je suis d'accord, elle et son époux nous ont bien aidé, acquiesça Réginald tandis que Barthélémius montrait son assentiment d'un signe de tête.
-Vous avez vu leurs échanges de regard, hier, entre elle et Grand-père?, demanda Ombeline
-Un peu oui. Manifestement ils se connaissent., répondit Barthélémius,
-C'est plus qu'une simple connaissance. C'est une alliée. Elle. Pas forcément son époux., rétorqua la jeune femme, Lui était abasourdi de ce qui se passait, elle non, comme si elle s'y attendait, qu'elle savait déjà...
-Vraiment?, s'étonna Réginald
-Elle était juste à coté de moi... Je pense qu'elle a plus d'influence qu'on ne le soupçonne.
-C'est bon à savoir, nota pensivement Barthélémius alors qu'ils sortaient du château.

Ils firent le reste du trajet en devisant de choses et d'autres sans importance, préférant garder les sujets sensibles pour des endroits plus discrets. Ombeline tendit l'oreille à la rumeur de la ville, essayant de capter des bribes de racontars, de commérage notamment par rapport aux évènements de la veille. Visiblement, les gens du communs se souciaient peu de tout cela car elle n'entendit personne en parler. Ils arrivèrent enfin à l'auberge. A l'intérieur, ils demandèrent à discuter avec Dame Malyani qui les reçut très rapidement. Ils la remercièrent pour son aide, la sincérité de leur démarche apparente dans leur posture et leur voix. La Dame les assura que cela avait été un plaisir pour elle ce dont ils ne doutèrent pas non plus, bien que conscients que des manœuvres politiques avaient également guidé la noble dame. Elle offrit de faire porter leurs effets au château pour qu'ils leur soient rendus et ils acceptèrent avec soulagement. Ils prirent congé à regret, Ombeline lançant un dernier regard songeur vers la dame avant de tourner les talons et de repartir. 

Alors qu'ils arrivaient dans la cour du château, ils tentaient de décider de la suite de leur journée.
-Il nous faut réfléchir à cette idée de flotte, déclara Barthélémius après avoir vérifier que personne n'était à portée d'oreille,
-Oui, il va falloir trouver comment faire, répondit Réginald d'un ton songeur, Nous n'avons absolument aucune connaissance sur le sujet, il nous faudra commencer par là.
-Soit nous tentons d'apprendre nous même les connaissances nécessaires, mais ça nous prendra énormément de temps, réfléchit Ombeline, soit nous trouvons quelqu'un, si possible plusieurs personnes même, qui auraient ses connaissances et pourront superviser les chantiers.
-Le problème de ton idée, ma sœur, contra Réginald, c'est que nous n'aurons aucun moyen de nous assurez que nos ... employés... font du travail de qualité...
-Mhmmm... Tu dis vrai..., admit la jeune femme, De toute façon, je pense qu'il nous faut en parler avec Grand-père. Il devrait avoir des conseils à nous donner.

Ils cheminèrent encore un peu avant d'atteindre la porte de la chambre d'Ombeline. La main sur la poignée, elle se retourna vers ses frères, l'air soucieux.
-A propos de Grand Père... Vous croyez que je devrais lui parler du pendentif?
-Le pendentif?, interrogea Réginald
-Ce pendentif, répondit-elle en sortant le pendentif aux armoiries familiales que Datès lui avait donné après son combat.
-Oh.. et bien.. Je ne sais pas.
-J'aimerai savoir d'où il vient. J'imagine qu'une autre possibilité serait d'interroger Dame Téïlde. Mais je ne fais aucunement confiance à cette vipère., grinça-t-elle
-Je pense qu'il vaut mieux en parler à Grand-père avant d'aller voir Téïlde, affirma Barthélémius, Au moins pour lui demander si aller voir la dame est une bonne idée...
-Mhmmm... Tu as sûrement raison, admit Ombeline, Très bien, j'en parlerai d'abord à Grand-Père. Maintenant, si vous n'y voyez pas d'inconvénient, je vais prendre un bain et faire mander un tailleur. Je veux une tenue adéquate avant que l'on ne reparte sur les routes.
Et sur ces derniers mots, elle entra dans sa chambre et ferma presque la porte au nez de ses frères.

Tandis que leur sœur se délassait dans de l'eau chaude puis passait commande de ses tenues, au frais de Guearth Whorgram, Réginald et Barthélémius se retrouvèrent dans la chambre voisine, qui avait été attribué à Réginald.
-Au fait mon frère, qu'as-tu fait pendant ces quatre années?, demanda, curieux, son jumeau,
-Et bien... comme je l'ai déjà dit, j'ai étudié...
-Certes mais.. étudié quoi? Et... comment as-tu payé tout ça?
-Et bien... je bénéficiais de l'aide d'une.. mécène... dira-t-on...
-Une... mécène? Genre jeune et jolie?, avança Réginald, goguenard,
-Dans la fleur de l'âge et très jolie oui.
-Et elle te finançait pour l'amour des études hein? Ha ha ha!
-Hum... et bien...
-Ou bien ton joli minois y était pour quelque chose?, rigola franchement Réginald
-Et bien... hum... Bon... Oui. Enfin c'était un accord mutuel hein. Nous nous appréciions mutuellement et elle savait que je voulais étudier et... elle avait les moyens de me financer, me loger, me nourrir...
-Te vêtir et... chauffer ton lit!
-Oui bon... On n'est peut être pas obligé de l'ébruiter non plus. Parle moi fort, Ombeline est dans la pièce juste à coté et tu sais comment elle est... Si elle l'apprends je n'ai pas fini d'en entendre parler.
-Ça pourrait même finir dans une chanson!, s'esclaffa son jumeau.
-Et toi alors, tu ne parles pas de tes quatre années..., rétorqua Barthélémius
-Boarf... Parce qu'il n'y a rien à en dire... Je me suis installé dans un village, je m'y étais fait ma place, appris quelques petites choses, fin de l'histoire.
-Mouais...
-Un thé au miel mon cher frère?, éluda habilement Réginald,
-Volontiers mon frère!

La journée s'écoula lentement, entrecoupée de discussions entre frères et soeur pour trouver comment lancer l'immense projet qu'ils avaient. En fin de journée, ils se retrouvèrent devant la porte de la suite dans laquelle était installée leur grand-père.


-Ah! Mes chers petits! Que me vaut le plaisir de vous voir ici?, s'exclama le vieil homme,
-Et bien, commença Barthélémius, nous voulions rediscuter avec vous de cette idée de flotte. Nous aimerions avoir vos avis et conseils.
-Oh? Mes conseils hein. Et bien soit. Je vous écoute.
-Pour commencer, je voulais vous montrer ceci, annonça Ombeline tout en sortant le pendentif de son décolleté et en le montrant à son grand-père, Avez vous déjà vu ce genre d'artisanat?
-Mhmmmm... Non.. Jamais... C'est très étrange. Il s'agit...
-De notre emblème familial oui. Est ce que cela pourrait être un bijou fait en Aeserie?
-Non, absolument pas. Pourquoi cette question?
-Parce que ce bijou a été donné à Datès par Teïlde elle même, asséna la jeune femme d'une voix forte, juste après le combat avec Mungrid. Il a préféré me le donner, il pensait que cela ne lui revenait pas... vu l'emblème...
-Mhmmm... Curieux... Très curieux...
-J'avais pensé à demander à Teïlde en personne mais... je voulais votre avis sur cette idée. Je ne lui fais pas confiance et je ne sais pas dans quelle mesure nous pourrions nous fier à ce qu'elle nous en dira...
-Je te déconseille d'aller la voir ma petite. Vous n'êtes pas encore prêt pour ce genre... de confrontation. Et en effet, ne fais pas confiance à Teïlde, ne faites confiance à personne en fait. En dehors de moi même bien évidemment.
-J'ai confiance en Dame Malyani, annonça Ombeline en regardant Guearth droit dans les yeux,
-Dame Malyani est une vieille amie... Je lui fais effectivement relativement confiance. Dis moi ma petite, accepterai-tu de me prêter ce pendentif? Ainsi je pourrai l'étudier plus à loisir et mener mes recherches pour comprendre où il a été forgé.
-Vous me le rendrez?, demanda-t-elle avec méfiance
-Évidemment..., soupira le vieil homme,
La jeune fille hésita quelques secondes puis défit l'attache de la chainette et la posa, avec le pendentif, dans la main ouverte de son grand-père qui referma les doigts dessus.


-Nous voulions également vous demander s'il y a une université, ou une bibliothèque, un endroit dans le royaume où nous pourrions apprendre, au minimum, les connaissances basiques sur la construction des bateaux et la navigation..., interrogea Réginald, J'aimerai apprendre tout cela et de toute façon, ce sont des connaissances dont nous allons avoir besoin.
-Hum... de fait... Mais malheureusement non, nous ne disposons pas de pareils lieux. Nos connaissances, au niveau du royaume, concernant la navigation sont plus que sommaires., répondit Guearth,
-Ah..., fit Réginald, déçu,
-En ce cas, il nous faut quelqu'un qui s'y connaisse., annonça Ombeline, On devrait bien pouvoir mettre la main sur un marchand, un batelier dans ce royaume non?
-Hélas ma petite fille, comme je vous l'ai dit, le royaume n'a, pour ainsi dire, aucune flotte. A peine un ou deux marchands possédant un bateau mais qu'ils ont acheté à l'étranger et pour lesquels ils ont engagé des capitaines de pays voisins... Quelques pêcheurs mais rien qui puisse permettre la mise en place d'un projet d'envergure comme le notre.
-Ah oui... A ce point..., murmura Barthélémius,
-Dans ce cas, il nous faut trouver des experts d'autres pays..., argua Ombeline, Le pays le plus à la pointe niveau navigation, flotte navale, c'est qui? L'Aeserie? Ou Valknaar?
-Ah, répondit son grand-père, ça dépend du point de vue. Les troupes d'Aeserie sont plus disciplinées, et donc plus efficaces pour des manœuvres d'envergure. En revanche, les vaisseaux de Valknaar sont ce qui se fait de mieux, mais ils n'ont pas vraiment une flotte réunie, chaque chef de clan dispose de sa flotte et ils s'allient assez rarement. Heureusement pour nous d'ailleurs...
-Nous avions pensé... Mais cela demanderait énormément de temps... d'aller en Aeserie, récupérer des esclaves aeseriens ou valknaars qui s'y connaitraient en navigation et construction de navires. L'idée serait de leur proposer la liberté, en échange de leurs connaissances.
-Hum... se rendre en Aeserie est dangereux, surtout pour de jeunes nobles locquendéins...
-Ca serait toujours moins dangereux que d'aller en Valknaar..., émit prudemment Ombeline,
-N'approchez pas de Valknaar! Ce sont des terres sauvages, habitées par un peuple tout aussi sauvages, brutal et violent. Vous n'en reviendriez pas.
-Ma foi... Nous disposons d'un... contact éventuel en Aeserie, avança prudemment Barthélémius
-Un contact en Aeserie? Raconte moi ceci!
-Et bien... Il se trouve que... au début de notre mission, alors que nous cherchions à franchir la Dinmë, nous sommes tombés sur un groupe de soldat aeseriens...
-Vraiment? A quel niveau? Que voulaient ils? Dis moi tout!, ordonna le maitre-espion,
-Coté Sud de la Dinmë. Ils ne souhaitaient que rentrer chez eux sains et sauf. Ils avaient des blessés. Mais suffisamment de soldats valides pour que nous ne puissions pas nous débarrasser d'eux. Ils nous ont obligé à les aider à traverser la rivière. Une fois de l'autre coté, ils sont partis à la faveur de la nuit...
-Il y a longtemps?
-Deux ou trois jours après notre départ pour retrouver Mungrid. Leur capitaine m'a dit qu'il considérait avoir une... dette d'honneur... envers nous.
-On ne peut pas se fier aux aeseriens. Ils sont fourbes... Aller en Aeserie me semble peu prudent...
-De plus, il reste la question de comment s'assurer que les... esclaves à qui nous promettrions la liberté soient fiables., ajouta Réginald, Car de fait, dès leur arrivée en Locquendech, ils seraient libres. Nous n'aurions rien pour les inciter à nous aider.
-Il me vient une autre idée, moins dangereuse, probablement bien plus rapide et sûrement plus fiable aussi. N'y aurait-il pas, dans les prisons du royaume, des captifs valknaars ou aeseriens?, questionna Barthélémius, En tant que Maitre-Espion du royaume, j'imagine que vous avez accès à ce genre d'information non? Si nous avons dans nos propres geôles, quelqu'un qui s'y connait sur le sujet, et bien... pas besoin de courir en Aeserie, et nous disposons d'un solide argument pour les motiver non? Une remise de peine en échange de leur aide?
-Mhmmm... Cela est peut être possible. Il faut que je me renseigne évidemment. Et... Je pars dans deux jours pour la capitale. Vous ne m'accompagnerez pas, j'ai une autre mission à vous confier. J'aurai probablement les réponses à mes questions une fois que je serai parti. Je vous les ferai transmettre. Par contre, si nous voulons que ce projet aboutisse, il nous faut être prudent... discret... Aussi désormais quand nous voudrons faire référence à ce projet, nous parlerons du projet... mhm... Écume. Voilà, le Projet Écume! Vous m'avez bien compris? conclut-il avec un regard sévère tandis que les jeunes gens acquiesçaient. 

-Il y a un dernier sujet dont nous devons parler, ajouta Ombeline,
-Tiens donc. Et de quoi s'agit-il?
-Datès a trouvé une bague à cachet, dont le sceau nous était inconnu. Il s'en est servi pour cacheter une enveloppe vide que nous avons montré à Dame Malyani. Celle-ci nous a dit qu'il s'agissait du sceau d'un ordre de chevaliers qui serait basé à Fort Céleste. Elle nous a prévenu qu'il serait dangereux qu'un de ces chevaliers nous trouve en possession de cette bague. Si j'ai bien compris, elle est réservée aux membres de leur ordre.
-L'ordre des Lames Pourpres. Oui, il s'agit d'un ordre de chevaliers... particulier. Ses membres n'hésitent pas à consommer certaines herbes pour améliorer leur force... ou leur charisme. Les anciens gardiens recouraient à leur service régulièrement. Désormais, le royaume fait moins appel à eux, en partie à cause, ou grâce à moi, selon le point de vue. Je trouve qu'ils manque de fiabilité.
-Pourquoi cela?
-A cause des herbes qu'ils consomment. Cela augmente leur éloquence, mais change également leur vision du monde. Ils sont de fervents défenseurs de la paix, et restent cela dit très efficace face à un ennemi dont on est pas certain de vouloir le vaincre au combat.
-Je ne suis pas certain de comprendre, avoua Réginald,
-Et bien... Vous avez vu Mungrid? L'utilisation des herbes rends les chevaliers des Lames Pourpres à peu près aussi éloquent. Ils utilisent plus leur charisme, leur éloquence pour retourner une armée contre ses commandants, par exemple. C'est bien pour cela aussi que votre frère était dangereux. Il avait leur puissance mais sans avoir besoin de consommer des drogues... Les Lames Pourpres ont un point de vue influencée par les herbes qu'ils consomment. Ils en ont parfois des visions.
-Des visions..., répéta Ombeline, troublée,
-Oui des visions, qui leur montre parfois des évènements passés d'après ce qu'ils racontent. On dit qu'ils utilisent le savoir perdu du vieux peuple picte.
-J'ai... peut être vécu une expérience similaire à ce que vous décrivez, révéla la jeune femme,
-Que veux-tu dire?
-Et bien... Quand nous avons retrouvé Réginald, nous avons aussi fait la rencontre d'une vieille femme picte, dans une caverne. Au sol, il y avait une bassine emplie d'eau. Quand j'ai regardé dans la bassine, j'y ai vu une scène... Une femme, aux bras couverts de tatouages étranges, portant des habits de peau et un arc d'une facture que je n'avais jamais vu, en train de mourir sous les attaques de deux hommes locquendéins. J'ai... plongé la main dans l'eau et... tout est devenu flou, j'étais comme une enfant, incapable de réfléchir, incapable de me concentrer. Mais cette femme que j'avais vu dans la bassine... Nous avons ensuite trouvé son corps, grossièrement enterré dans la caverne. L'arc de ma vision était identique à un arc que j'avais trouvé dans le moulin situé juste au dessus de cette même caverne. Et la vieille femme était là justement pour retrouver le corps et lui offrir des funérailles selon leurs rites.
-Comment es-tu sortie de cette... transe?
-Avec l'aide de la vieille femme. Elle nous a donné un pendentif à faire porter à Ombeline, expliqua Barthélémius, Du moment où nous le lui avons mis autour du coup, elle est redevenue elle même.
-J'aimerai voir ce pendentif., réclama Guéarth
-Malheureusement... Je l'ai perdu, avoua Ombeline en rougissant,
-Ah... C'est dommage mais tant pis. En as-tu parlé à quelqu'un ma petite?
-Non... Je n'ai pas tellement envie d'ébruiter cette mésaventure qui n'est guère élogieuse pour moi.
-Sage décision. N'en parle à personne. Et vous autres pareillement., ordonna le vieil homme,
-Pourquoi en faire un tel secret?, s'étonna Ombeline, Je n'ai pas envie d'en parler parce que je n'ai pas envie de me ridiculiser mais...
-Parce que les gens te penseraient folle ma petite, tout simplement. Ou plus dangereux : t'accuseraient de sorcellerie...

Ombeline, secouée, rumina cette réponse quelques secondes avant d'enchainer :
-Il y a une dernière chose que je voulais demander. Hunguiot nous a dit que Datès était probablement le dernier bâtard en vie de notre géniteur. Comment, pourquoi a-t-il survécu, lui, et pas les autres...
-Mhm... Disons que... la ressemblance de Datès à son... géniteur... comme tu le dis, a été très vite remarquable...
-Vous avez donc fait en sorte qu'il survive lui, parce qu'il pouvait vous être utile... Et pas les autres..., accusa la jeune fille sombrement,
-Aurais-tu préféré qu'il meure?
-Non! Bien sûr que non!
-Et bien alors?
-J'aurai préféré qu'aucun ne meurent..., murmura-t-elle tristement,
-Pourquoi notre géniteur est il ainsi? C'est vous qui l'avez élevé, pourquoi est-il cet homme sans cœur, violent, à l'ambition démesurée?, interrogea Barthélémius,
-C'est... sa nature, soupira Guearth en faisant la moue, C'était d'ailleurs le même problème avec Mungrid je pense. Ils sont incontrôlables. Mungrid avait plus de charisme que votre père, ce qui le rendait encore plus dangereux. Mais au fond, le problème est le même pour les deux. Heureusement, le reste des enfants de mon fils a échappé à cette malédiction., conclut-il en souriant, Sur ce, je vous suggère d'aller vous reposer. J'ai encore du travail. Je vous verrai bientôt pour vous parler de votre prochaine mission, car oui, j'aurai des missions pour vous. C'est votre devoir en tant que Whorgram. Bonne nuit!
Et sur ces paroles qui ne souffraient pas la contradiction, il les mit gentiment mais fermement à la porte. Avant qu'il ne referme la porte, Ombeline se retourna une dernière fois.
-Grand-Père, la bague de Datès, celle des Lames Pourpres, je ne pense pas sage qu'il se promène avec, même hors de vue.
-En effet. Il faudra qu'il s'en défasse.
-Il ne nous écoutera pas si nous le lui demandons...
-JE lui dirai. Et je peux t'assurer qu'il m'écoutera et obéira. Ne t'inquiète plus de ça. Allez dormir mes petits.
Et sur ces derniers mots, il referma la porte. 

 

 

Ceci clôt le premier arc narratif des Enfants Whorgram. J'espère que ça vous aura plu. ^^